« 15 décembre 2018 – Simone »

7h46 monitoring

J’écoute son cœur. Nous sommes à quelques heures de sa naissance et je suis d’un coup terrifiée à l’idée de la rencontrer, de nous voir parents. On a passé la nuit dans une chambre. J’ai si peur, j’en suis fatiguée intérieurement.

Depuis hier, je suis ouverte à deux et j’ai des contractions. Ce matin c’est plus calme mais je sais que nous allons nous faire déclencher dans pas longtemps avec la pose de la péridurale. D’un coup on dirait une montagne, l’Everest ou je ne sais quoi. J’essaie de me concentrer sur ma respiration en écoutant les playlists de nature qui mêlent la pluie, la mer et le vent. La nature dans la nature. Donner la vie, quoi de plus naturel ? Mais bordel quel trac immense… D’un coup tu te demandes comment tu vas faire ?

9h, pose de la péridurale. J’ai eu le temps de me laver, de me préparer et je me retrouve en salle d’accouchement. La pose se passe très bien, l’anesthésiste est top c’est celui que j’avais vu à mon rendez-vous (il s’appelle Alexandre comme mon frère). Il me la pose, j’ai jamais autant transpiré des bras. Je supporte bien la pose et je respire fort, ça passe. Mathieu me retrouve et on me déclenche petit a petit les contractions avec l’ocytocine.

Ça marche super bien, les contractions sont régulières et je n’ai pas mal. Je sens parfois les vagues à nouveau mais la sensation ne me dérange pas. J’essaie de sentir si ça pousse. Je peux bouger les jambes, la péri est super bien dosée. J’ ai beaucoup de chance, je gère me sens bien physiquement.

11h, on rompt la poche des eaux avec la sage femme. Ça me fait pas mal, elle le fait lors d’une contraction que je sens à peine c’est génial. Allez que l’ouverture de mon col commence. Mathieu gère de ouf, me masse et s’occupe tellement bien de moi. Grâce à notre parcours, on forme une équipe incroyable, on est ensemble plus que jamais. J’ai moins le trac, je suis concentrée.

14h, les contractions marchent toujours. Mon col se ramolli et se raccourci, mais ne s’ouvre pas plus des 2 doigts du matin.

15h, le col ne bouge pas et je commence à me poser des questions, qu’est ce que j’ai bordel ? Au bout de combien de temps on t’envoie en césarienne ? Je sens que ça va finir comme ça… La sage femme m’explique qu’on laisse 6h et qu’un déclenchement peut être long mais que l’on ne va pas au-delà, surtout avec un petit bébé qui pourrait commencer avoir des baisses de rythme cardiaque.

On attend 16h-17h.

18h, on check mon col et toujours rien. Elle appelle le gynéco. Simone fait deux baisses de rythmes.
Mon col ne bouge pas ça fait 7h. Et là c’est simple, tout s’accélère et je sens que c’est mort putain, je vais passer au bloc. Mon instinct ne me trompe pas, elle revient m’annoncer qu’on va y aller sans attendre. C’est simple à ce moment là, je chiale comme une merde. Cinq femmes entrent, me
préparent, me rasent les poils du bas pour la césarienne. Je sais même pas comment dire, je suis déçue sur le moment et j’ai l’impression que c’est un mauvais rêve. Je suis en plein délire ou quoi? Mathieu sort il se fait préparer et attend 15min dehors. Il me retrouvera quand je serai prête et que les champs bleus seront posés devant moi pour qu’il ne voit rien.

Pendant qu’il attend, je me retrouve au bloc très vite. Mon gynéco arrive, c’est un sketch sérieux on en rit sur le moment. Travail spontané le 14 décembre, je me retrouve à 10h30 pour un monitoring de contrôle à la maternité, et là on voit que j’ai des contractions toutes les 5 min (vous me croyez, j’ai même pas mal et je fais juste des espèces de malaise comme des chutes de tensions?). Je ne suis plus jamais ressortie de la maternité et Mathieu m’a retrouvé vers 15-16h et nous avons dormi là bas. Déclenchement de lendemain donc. J’ai même pris un bain trop génial la veille pour me détendre, pas de médocs, juste du spasfon pour me soulager et c’est tout.

18h25, le 15 décembre je me fait endormir le bas du corps sous les seins jusqu’aux pieds, ils me préparent. L’anesthésiste est là, il me shoot et me dit que je vais tout sentir, sentir qu’on me touche mais que je ne vais pas avoir mal et pas savoir ce qui me touche. C’est simple je regarde mon corps, j’ai l’impression d’être à moitié morte. On me badigeonne de betadine sur le ventre, je regarde et j’hallucine, je suis impressionnée par ce qui ce passe. Le gynéco pose le champs devant moi.
Ça va très, très vite. Je lâche la main de l’anesthésiste pour prendre celle de Mathieu, ils ont commencé. Mathieu me dit qu’il m’aime. Je lui dis  »putain je sens tout c’est un truc de ouf », je regarde le ciel je souffle fort, j’entends les aspirations, les instruments qui claquent sur le métal, je n’ai pas mal mais putain quelle sensation unique et incroyable bordel. Après tout ces mouvements, toute cette folie, il baisse le champs bleu qui nous sépare de l’opération et je vois Simone, comme un flash qui sort. On chiale comme des merdes, Simone pleure aussi, on me la rapporte je lui fais un bisou et ça la calme et elle part direct avec le pédiatre. Mathieu est invité à la suivre, je lui dis tout va bien chéri vas y, va t’occuper d’elle t’inquiète pas pour moi. Il part.

On me recoud, je prend sur moi. Je suis soulagée, choquée mais soulagée. « Elle avait le cordon en mode parachute, elle pouvait pas descendre car elle était retenue totale avec son gilet jaune » me dit le gynéco, on rigole. Je lui demande une belle cicatrice, il me dit que ça va prendre du temps, qu’il s’applique un max. « Allez-y, je sais que vous êtes un pro de la couture » ; « De la haute couture il vous fait là » me dit son assistante opératoire.  On m’annonce donc qu’elle fait 2,2 kg, la taille c’est dans deux jours qu’on la prendra (45cm). On me montre des photos et une vidéo de Mathieu en peau à peau avec Simone. Il gère de ouf. Elle a ses yeux bridés en amande, je voulais tellement que mon enfant ait les yeux de mon amour.

19h, c’est fini. Je sens plus du tout le bas de mon corps, on me déplace comme un cadavre c’est impressionnant d’être consciente a ce point. Je retrouve en salle de réveil avec Mathieu qui vient avec Simone. Il la protège et s’en occupe tellement bien. Je suis à l’Ouest, shootée totale. On nous garde en surveillance pendant 2h30. Je la prend sur moi un peu pour un câlin, c’est fou, je réalise pas.

Il va l’habiller, il fait tout moi je peux rien faire à part l’encourager et être fière de ce qui se passe devant mes yeux. Lui qui n’a jamais eu vraiment de bébé dans les bras et qui ne s’en est jamais occupé, c’est simple il apprend tout et il n’a pas le choix le pauvre. Il a peur c’est intimidant, impressionnant, mais il a pas le choix c’est sa fille et sa femme ne peut pas bouger.

Il revient avec notre bonbon rose et on est emmené en chambre. Je l’a garde dans mes bras. On se retrouve en Neonat car petit poids en dessous de 2,5 kg tu passes en Neonat. Mais elle n’a pas besoin d’assistance. Voilà le début de notre vie de famille. J’ai passé la nuit à m’occuper d’elle et à lui donner le sein. Mathieu a fait les soins. Les sages femmes sont incroyables et d’un soutient sans faille. Je pouvais pas la lâcher de la nuit, j’ai dormi avec elle dans mes bras et j’étais boosté de fou, peu sommeil.

Je ne suis pas choquée de la césarienne car c’était rapide et tellement bien faite par une équipe médicale au top, dans ce bloc opératoire qui me fait aujourd’hui penser à une chapelle avec des étoiles bleu au ciel. Très haut de plafond sublime bloc. Mon accouchement était magique grâce à tout ça. La vie, la grâce étaient présentes et je ne suis pas religieuse mais très spirituelle. J’ai vécu un moment unique et inoubliable. Je ne changerai rien car mon homme a eu son rôle de père et bordel ce qu’il est doué… Sans lui je n’aurais pas réussi mon allaitement, il est toujours là avec son soutient sans faille. C’est beau, c’est grand. C’est pas l’homme de ma vie pour rien. Et ça me bouleverse au plus haut point. J’ai une chance inestimable et je m’en rend tellement compte.

Bordel que c’est beau… Ça y est le combat est fini, on a réussi. Nous sommes comme tout le monde à présent.

Nous sommes parents.