« Résiste » #3

Mai 2016 –  »Résiste »

« Elles viennent me chercher chez moi. Mes amies sont si belles et toutes si différentes, j’ai une relation très forte et personnelle avec chacune d’entre elles. Elles sont six à avoir pu venir. J’embrasse mon homme, à dans trois jours !

Je ne sais pas où on va en entrant dans le Uber. Arrivés à l’aéroport, direction Bordeaux puis le Cap Ferret dans la maison d’Hélène. Quel bonheur ! Je suis si heureuse, j’avais tellement besoin de me retrouver entre femmes.

La maison est juste sublime. On décide de manger des huîtres pour le déjeuner, c’est le début de la saison donc nous sommes presque les seules. On boit, on profite, on chiale, on se raconte nos vies, certaines ne se sont encore jamais vus. C’est beau d’être toutes ensembles, de les avoir rien que pour moi. Sur cette terrasse face à la dune du pila, le temps s’arrête, c’est sublime et il fait un temps magnifique. Je me dis qu’il faudra que j’emmène Mathieu pour qu’il découvre cet endroit magique.

On fini dans l’océan, toutes en culottes le cul dans l’eau. Je respire surtout la fumée de mes clopes, je me lâche. Je retrouve un peu de force grâce à elles, elles sont là pour moi, pour enterrer ma vie de jeune fille, je les aime toutes si fort. Elle me font le plus beau des cadeaux. Sans fard, rien, juste elles et moi pendant trois jours, le rêve.

Le soir arrive, c’est d’un coup la tempête. Heureusement, nous sommes à l’abris de l’orage dans la maison. Les filles se préparent, elles prennent leurs douches ensemble sans pudeur. Seule sur la terrasse ma clope à la main, je les entends rire entre elles. C’est à ce moment que la foudre s’abat sur la petite chapelle juste en face de la maison. Je hurle, c’est complètement dingue ! Tout le monde crie dans la maison mais personne d’autre n’a vu l’éclair sur la croix. Je reviens en trombe dans la maison, je n’en crois pas mes yeux. Mon amie Valentine n’a pas de chaussures fermées, elle décide de sortir avec des bottes de pluie. On est toutes habillées en mode  »on s’en fout total ».

On part dîner chez Hortense, on boit, on fume, on kiffe : les meilleures moules-frites de ma vie. Le dîner se termine et on décide de sortir. Peu après, nous voilà dans cet endroit improbable où des bouteilles de champagne sont servies par une serveuse assise sur une planche de surf portée par quatre mecs. C’est énorme, il y a une ambiance géniale.

On va toutes sur la piste de danse, il n’y a que nous et quelques personnes, et là je les filme avec mon téléphone. Sur une chanson de France Gall « résiste », elles dansent et me chantent les paroles de la chanson.

« …Si tu réalises que la vie n’est pas là
Que le matin tu te lèves sans savoir où tu vas

Résiste
Prouve que tu existes
Cherche ton bonheur partout, va
Refuse ce monde égoïste
Yeah, yeah, yeah, résiste
Suis ton cœur qui insiste
Ce monde n’est pas le tien, viens
Bat-toi, signe et persiste
Yeah, yeah, yeah, résiste
Tant de libertés pour si peu de bonheur
Est-ce que ça vaut la peine?
Si on veut t’amener à renier tes erreurs
C’est pas pour ça qu’on t’aime… »

Je suis si émue, ce moment restera gravé à jamais et les paroles de cette chanson résonnent en moi comme un message qu’elles me lancent toutes. J’essaie de ne pas le montrer mais je suis à deux doigts de chialer comme une merde à ce moment précis. Je sens que ma vie n’est plus la même, mes larmes coulent parce que je ne peux pas danser, parce que mon corps est encore meurtri. Je dois accepter ce qui nous arrive avec Mathieu, je le sens au plus profond de moi, c’est dur. Je me rend compte que je suis comme paralysée de l’intérieur, ça va prendre du temps de ré-apprivoiser mon corps qui me fait défaut, d’accepter surtout. Je suis en colère d’être une femme libre punie, qui depuis toujours fais ce qu’elle veut et ne contrôle plus rien, plus rien du tout même.

Elles se tiennent devant moi, si fortes, si libres de leurs corps. Et moi je n’arrive même pas à faire un pas de danse, comme si on avait éteint la lumière à l’intérieur de moi, comme si je n’étais plus que l’ombre de moi même. Les voir me chanter cette chanson pour me dire de résister, de me battre, ça me bouleverse complètement. J’ai de la chance de les avoir et d’être avec elle là maintenant, je vais avoir besoin d’elles.

Je me retrouve sur un canapé avec Valentine et Julia. Au bout d’un moment, la piste de danse quand tu danse pas ça sert à rien. Valentine me prend dans ses bras et me dit « j’ai senti ton odeur » et fond en larmes. Moi aussi je m’effondre, elle qui n’a plus d’odorat suite à un grave accident où j’ai cru la perdre pour toujours. C’est juste bouleversant. Week end de chiale en gros.

La soirée se termine autour d’une tisane à la maison, on chante, on pleure, ce week end est un cadeau.

Le lendemain on va se baigner, on fait du bateau, on rit. Elles sont toutes les seins nus sauf moi, je me sens prisonnière de mon mal être quand même bien présent. Il va falloir du temps. Mais bordel je m’en fous, j’ai les meilleures amies du monde. Et je sais à quel point elles me sont précieuses. Je vais résister, me battre et surtout, je vais me marier avec l’homme que j’aime tant, mon Mathieu.

Sarah, Léti, Hélène, Valentine, Marion, Julia… Je n’oublierai jamais ces trois jours magiques passés avec vous. Jamais. Merci de m’avoir offert le plus beau, le plus simple, des EVJF, je ne pouvais pas rêver mieux, c’était parfait. Je vous aime. »

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