« Seule au monde » #1

Seule au monde

Seule au monde est un texte écrit le 17 mars 2016. C’est la première chose que j’ai écris après avoir appris mon infertilité : je voulais vous le partager en premier.

 »Aujourd’hui le ciel me tombe sur la tête.

Je viens de faire une hystérosalpingographie, une radiographie des cavités de l’utérus et des trompes utérines, qui a pour objectif de détecter des malformations de l’appareil reproducteur ou des tumeurs.

Le verdict tombe, mes trompes sont bouchées .
J’ai mal, il tire mon col et essaie de les déboucher. Je pleure de douleur, le cul nu sur cette table froide de radiologie. On me dit que c’est pour ça que je ne tombe pas enceinte, que quand il arrive à les déboucher, les femmes tombent enceinte dans les deux mois qui suivent.  Ok mec vas-y débouche les moi qu’on en finisse. Je prend sur moi mais la douleur est si forte, j’ai l’impression qu’on me tire de l’intérieur. « Bon j’y arrive pas elles sont trop bouchées, mais il y a une autre solution » me dit-il. Il me parle d’une autre technique avec un fil que son collègue peut me faire dans quelques jours, (hummmm, non merci, j’ai eu assez mal pour le mois là, on va attendre un peu). Bref, je comprend pas tout sur le moment.

J’essaie de me calmer après l’examen de la torture. Je me regarde dans la glace, je suis sous le choc. Comment dire à Mathieu que le problème vient de mon petit corps ? Je retourne dans la salle d’attente le voir, j’ai séché mes larmes et lui annonce la nouvelle.

Le radiologue nous appelle et nous dit que c’est impossible de déboucher avec son truc de fil.

Deux solutions possibles :

– La cœlioscopie : une technique chirurgicale qui permet d’opérer à l’intérieur du ventre en ne faisant que des petites incisions. Cette technique est la voie d’abord privilégiée de la chirurgie à l’intérieur de l’abdomen : chirurgie gynécologique, abdominale, vasculaire…

– La FIV :  fécondation in vitro.

J’ai les larmes qui montent, je suis sous le choc et je ne comprend pas. J’ai l’impression que c’est un cauchemar.

« Donc en gros je suis stérile quoi ? » – Évidement, on me dit que non, qu’il y a des solutions.  »Mais en gros les gars sans vos solutions, je pourrais pas avoir d’enfant ? » – Bref, on ne me le dit pas comme ça. « Il y a des solutions ». Ben super, je suis super contente d’un coup je me sens mieux tiens. Je suis en colère, depuis 14 mois j’essaie dans le vent de faire un enfant. Je me sens trahie par mon corps, ridicule avec tout ces tests de grossesse négatifs que je me suis tapée. Toute l’image que je me suis faite de tomber enceinte s’effondre devant ce putain de pan lumineux.

C’est un rêve qui devient une montagne énorme, insurmontable.

Je ne supporte aucun commentaire de Mathieu, je ne supporte plus rien du tout d’ailleurs, je marche et j’encaisse, j’ai le souffle coupé. J’ai envie de crier, de m’enfuir, de crever tout simplement et de partir loin pour épargner mon homme de mon mal être incontrôlable.
Le soir c’est dur. J’appelle personne, je me dispute avec Mathieu qui est tellement maladroit.

Je suis comme un animal blessé, sauvage et en colère, tellement en colère.
Je me sens seule au monde, incomprise. Pour lui il y a des solutions, pour moi c’est la mort.

Le lendemain j’ai rendez-vous chez le Gyneco à 15h .
Je n’attend que ça de le voir, qu’il m’explique ce que je dois faire.

Je prend une Autolib, j’essaie de me garer 4 fois sur la place, je retire de l’argent et je monte.
J’attend… J’en peux plus d’attendre.
Ça y est, c’est à moi.

J’ai le meilleur gyneco du monde.
Il me dit que l’opération ne marche pas bien, que souvent ça se rebouche, qu’il ne veut pas me faire charcuter pour rien et me demande si je veux vraiment un enfant. Je lui dis “oui bien sûr! mais pourquoi me dire ça ? – « Pour être sûr » me dit-il.

Ok, je comprend que je vais en chier .
Il me dit « Liza, y’a 30 ans je t’aurais emmenée boire un verre de blanc et j’aurai pleuré avec toi. Tu n’aurais pas pu avoir d’enfant.  » – Là mon cœur est si lourd je suis tellement mal… –
« Mais, aujourd’hui ils on fait des progrès incroyables ! La FIV avec ton âge et ton état marchera. Regarde moi Liza ! ça marche! »
Mes larmes coulent, il me les sèche, il est si doux et si gentil avec moi. Je suis dans mon simple appareil sur cette table de gynéco et je pleure. Plus rien ne compte à part ses paroles.
Des paroles qui rassurent, mais qui me fendent le cœur en mille morceaux. Ma partie féminine me fait mal de la radio d’hier et je me sens toute vidée de l’intérieur…

Il m’explique deux trois trucs.
Que la réussite d’une FIV dépend de 50% du médecin et 50% du labo .
Qu’on va me ponctionner des ovules après un protocole basé sur des piqures d’hormones. Qu’ils vont prendre le sperme de mon homme, le sélectionner et le féconder avec mes ovules matures… pour fabriquer des embryons. Pour faire notre bébé.

Il y en aura peut être 4 de bons. Il m’en injecteront un et les autres seront congelés. Pour mon deuxième enfant, ils décongèleront ces embryons si grossesse il y a.
Et quand je n’en voudrais plus, je pourrais soit les détruire, soit les offrir à une femme.
Je suis fascinée, bouche bée. On me sauve la vie. Je vais pouvoir donner la vie et j’en suis tellement fière sur le moment. C’est quoi ce truc de science fiction qu’il me raconte là?

Je lui dis « Mais du coup j’ai pas besoin de contraception? » –  »Non. Tu feras l’amour que pour le plaisir et les bébés ça sera toujours par FIV. »
Je me dis que c’est au moins un truc positif, moi qui ne prenais plus la pilule depuis 5 ans. J’ai bien fais, j’aurais pu m’éviter les retraits pendant les rapports pour faire gaffe. Non mais c’est le plus dans tout ce bordel.
Bon ben au moins c’est clair hein, je ne tomberai jamais enceinte de ma vie naturellement, sauf si un miracle se produit et qu’une de mes trompes se débouche toute seule.

Je sors, j’appelle mon homme, mon amie Sarah et ma mère.  Je leur explique, on est tous choqués. Je marche en direction du travail de Mathieu, j’ai presque plus de batterie. Mon téléphone à la main, je finis la conversation avec ma mère et mon téléphone se coupe.

Je marche vers Odéon, je vais place Saint-Sulpice, il fait beau, le soleil me réchauffe le visage. Je vois la fontaine et là je pense à toutes les femmes qui vivent ce moment. Ce moment où t’apprend que tu ne peux pas tomber enceinte naturellement, tu penses à mille choses. Tu te sens tellement seule, parce qu’avant tout c’est ton problème à toi.
Je pleure, je pense aux femmes, j’ai envie de leur parler, j’ai envie de partager ce que je vis.
J’ai envie de comprendre comment ça se passe cette FIV. Je suis fascinée mais j’ai peur, oh ce que j’ai peur, je suis pétrifiée…
La fontaine de Saint Sulpice est baignée de soleil. C’est sublime, je me dis mon dieu quelle chance j’ai d’être en France.

Parce que tout ça c’est un choix. Je dois choisir ce que je veux faire et quand je veux commencer.
Bref c’est complètement dingue, je pleure, je ris, j’ai peur, je suis désespérée. Je suis triste de me dire que ce n’est pas Mathieu qui me mettra enceinte, ça sera une pipette. C’est sûr que c’est moins sexy qu’en faisant l’amour. Je dois faire le deuil de ça et bordel, que c’est violent.

Mais je vais me battre, je vais protéger mon homme et j’ai même l’impression d’avoir déjà un enfant avec lui, qui veut venir mais qui ne peut pas ! J’ai l’impression que ça y est je suis prête, vraiment prête à être maman plus que jamais.

Mon bébé, je ferai tout pour te donner la vie.
Tu vas avoir deux chats, un papa incroyable, fort, drôle, intelligent et je suis tellement fière d’avoir à t’offrir ce père là !

La vie dehors, le monde est dur, mais tant qu’il y a de l’amour on peut gravir les montagnes.
J’ai hâte et je vais me battre comme une dingue même si je vais avoir peur, mal, baisser les bras, être chiante, folle dingue…

Putain, je vais être mère. « 

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14 commentaires

  1. Bonjour Liza,
    Quel texte poignant, que j’aurai pu écrire du début à la fin. Je viens, moi, d’apprendre mes soucis d’infertilité, ainsi que ceux de mon mari. J’ai 28 ans. Et aujourd’hui, je me demande bien comment je vais réussir à continuer de vivre avec cette si triste nouvelle. Je me sens si seule et je trouve la vie si injuste.
    Je te suis sur Instagram et j’espère moi aussi, tomber enceinte un jour. Félicitations à toi !
    Belle journée.

  2. Je recommence aussi mon parcours de PMA après avoir perdu mon bébé… et je me sens si seule aussi. J’aimerais pouvoir tout contrôler… mais il faut lâcher prise. Et autour de moi, les femmes tombent enceinte, profitent de leur premier enfant… cette vie est si dure. Mais tu as raison, un jour je l’aurai cet enfant si aime à qui je pourrais aussi raconter notre histoire et à quel point il a été désiré.. merci Lisa de nous faire prendre conscience que malgré les apparences d’autres aussi souffrent ou ont souffert avant nous. La maternité n’est pas toujours un chemin facile. Et c’est si difficile…

  3. Quel joli texte. J’en ai écrit un moi aussi, il y a un peu plus de 2 ans. Parce-qu’en fait on se sent seule lors de notre pma. On l’est toujours quand on la vit. Puisque chaque parcours, chaque couple est singulier. Mais la PMA c’est aussi 1 couple sur 6. On est nombreux à être seuls. Et cela fait du bien de partager nos expériences quand on est dedans. J’ai maintenant un petite fille. Qui a pris vit grâce à une fiv icsi. Premier protocole, premier transfert. Ils étaient 2 au transfert. Je pense souvent au deuxième embryon, mais je mesure notre chance inouïe.
    Un couple tel que le mien n’aurait jamais eu d’enfant non plus il y a 30 ans. Je remercie chaque jour la médecine et notre parcours si difficile, qui nous a tellement offert, finalement.

  4. Hello ma belle,
    Je me vois lors de mon hystérosalpingo. J’avais souffert aussi. Et les médecins qui tournaient toujours autour de la table alors que j’etais cul nu. Bisous copine (c’est ex Anoushka PMA sur insta)

  5. Sacré combat que tu as mené là et maintenant vous pouvez être fiers toi et Mathieu d’avoir mené cette bataille.
    Profites de ta grossesse à fond
    Bises
    Béatrice (ton ancienne prof de compta)

  6. Magnifique texte ! Je ne suis passée « que » par les inséminations et j’ai au mon bb miracle en 2eme… tout arrive, ne jamais lâché même si on sait que c’est dur! Bravo pr votre courage et franchise si bien récompensés aujourd’hui. Je vs souhaite le meilleur :)))

  7. Et puis ses mots que j’aurais pu écrire aussi il y a 5 ans en sortant de cette examens douloureux ! Ses 4 années qui aujourd’hui me semble lointaine et tellement proche. Et puis le résultat d’un enieme test de grossesse positif et depuis du bonheur qui déborde avec notre petit bonhomme qui fait exploser mon coeur ! Bravo pour tes mots .,.

  8. Bonjour,
    Je suis tellement émue, les larmes coulent sur mes joues… C’est libérateur de comprendre qu’on est pas seule dans ce parcours.
    Je n’en suis qu’à mes débuts en pma mais les échecs et déceptions pèsent sur le cœur. Je suis tellement désemparée de devoir faire subir cela à l’amour de ma vie. J’ai peur, je suis triste, en colère, .. Mais un jour j’y arriverai aussi !
    Merci.

  9. Mêmes attentes, même combat. On a toutes notre histoire, mais le courage et l’envie d’y arriver sont plus fort que tout. En parcours PMA depuis 3 ans, j’accumule les bonnes nouvelles qui se terminent par des échecs, c’est dur, mais la roue tourne et les échecs ne sont jamais définitifs pour ceux qui y croient et qui mettent les moyens pour y arriver.

  10. Tes articles me touchent, on se sent d’un coup moins « seule au monde » … en plein parcours PMA depuis 1 an, beaucoup de mal à le gérer mais ça fait tellement de bien de voir que bien souvent ce si précieux miracle arrive …
    je te souhaite une belle grossesse et encore merci pour ton témoignage plein d’espoir ❤️

  11. Bonjour Liza. Comme les précédentes lectrices je me reconnais et je ne peux retenir mes larmes.
    Comme toi nous accueillerons fin janvier notre petite pépite après 2 fiv icsi très difficiles à vivre (je ne répondais pas bien au protocole). Elle est très attendue par sa grande soeur que nous avons eu naturellement il y a près de 5 ans. Entre temps, ma réserve ovarienne s’est effondrée prématurément. Je remercie chaque jour, à chaque coup que me donne mon bébé,mon médécin et toutes les personnes qui nous ont aidé dans ce parcours. Profite de ta grossesse, profite de chaque moment. M.

  12. Ton texte est magnifique. C’est ma soeur qui me l’a partagé. J’en ai pleuré sans réussir à m’arrêter, jusqu’à réussir à expliquer à mon chéri pourquoi les larmes coulaient. Pourquoi ? Parce que je me suis tellement reconnue dans ce texte, parce que sans prétention aucune, j’aurai pu l’écrire. Je suis en plein parcours PMA depuis 1 an et demi, et le temps paraît tellement long.. Ton blog me permet d’espérer, de croire que c’est possible, et de m’accrocher !
    Je te souhaite une très belle grossesse et beaucoup de bonheur !

  13. Bonjour, comme la plupart de vos lectrices je me suis reconnue dans votre texte… La magie, l’espoir et le bonheur de se dire un jour qu’on est prêt, qu’on arrête les moyens de contraceptions et qu’on va devenir parents… Finalement les tests de grossesse s’accumulent, mais rien… Les examens se suivent et se ressemblent jusqu’au jour où on met le doigt sur LE truc qui fait basculer ta vie et tes rêves… Pour ma part c’est lors d’une irm qu’on a découvert mon endométriose… Je me suis détestée, détestée parce qu’à cause de mon corps à moi on ne pourra pas concevoir un bébé naturellement… Aujourd’hui nous avons débuté un premier protocole de fiv… 23 ovocytes à la ponction, 14 embryons à J2 et plus qu’un à J5… Du fait d’une hyperstimulation nous devons attendre avant l’insimination du seul et unique… Mais il suffit d’un pour réussir… Alors nous y croyons et nous attendons patiemment la suite…
    Votre blog fait du bien, du bien de voir que nous ne sommes pas seuls dans ce combat et qu’il ne faut jamais arrêter d’y croire… Bonne grossesse à vous 🙂

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